Attention, utiliser Google Maps peut être percutant ! Et le cerveau dans tout ça ?

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Publié le 2 juin 2010
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Dans quelle mesure doit-on suivre les indications fournies par les systèmes GPS ou autres cartes routières ? Un piéton qui suit – à la lettre – les indications de Google Maps sur son blackberry, pourrait se retrouver de ce fait en fort mauvaise posture. C’est ce qu’une américaine a expérimenté à ses dépens en janvier 2009, dans l’état…

Dans quelle mesure doit-on suivre les indications fournies par les systèmes GPS ou autres cartes routières ?

 

Un piéton qui suit – à la lettre – les indications de Google Maps sur son blackberry, pourrait se retrouver de ce fait en fort mauvaise posture. C’est ce qu’une américaine a expérimenté à ses dépens en janvier 2009, dans l’état de l’Utah. Cette dernière, suivant résolument les indications dispensées par Google Maps, s’est engagée sur une route sans trottoir, le long d’un mur antibruit … où elle a fini par se faire renverser. Elle réclame 100.000 dollars de dommages et intérêts à Google (tout en poursuivant aussi le conducteur qui l’a heurtée).

 

Nombre d’accidents émaille l’histoire des services GPS depuis leur apparition : le conducteur d’un camion, orienté par son navigateur, s’est engagé sur une voie si étroite pour son véhicule qu’il fut incapable d’avancer, de reculer … ou même simplement de sortir du camion ! L’imprudent chauffeur se vit ainsi contraint de passer 3 jours dans son encombrant véhicule dans l’attente d’être enfin secouru par un tracteur (Daily Mail, 1er novembre 2007). Voilà qui parait incongru. Et pourtant…

 

Cela n’arrive pas qu’aux autres

 

Que celui qui ne s’est jamais retrouvé à suivre les indications extravagantes d’un service de navigation par GPS jette la première pierre. En France, à Rouen, un autre chauffeur de  camion guidé par GPS, en difficulté pour avancer ou même reculer, est sorti de son véhicule, lequel en a aussitôt profité pour continuer sa route en toute autonomie, sur une voie en pente. Et encore tout dernièrement à Digne (Digne : un camion coincé après avoir suivi son GPS, Laprovence.com, 14 avril 2010). Une étude britannique a révélé en 2009 qu’en Angleterre, le système de navigation GPS aurait causé 300.000 accidents de la route, pas moins.

 

Or, contrairement à ce que l’on pourrait penser, il ne suffit pas de planter ça et là des panneaux « interdits aux poids lourds » pour éviter tout accident…

 

L’invisible gorille ou comment fonctionne notre cerveau

 

Il a été établi que le cerveau humain, lorsqu’il suit des instructions, filtre les informations qu’il reçoit (essayez ce petit test et soyez attentif à compter le nombre de passes faites par l’équipe de basket en blanc, vous pourriez être étonnés du résultat ! Selective attention test, youtube.com).

 

C’est ainsi qu’un panneau d’avertissement ou d’interdiction présente tous les risques d’être invisible pour un chauffeur dirigé par un GPS (The invisible gorilla and other ways our intuition deceives us, Chistopher Chabris & Daniel Simons, Ed Harper Collins, 2010). Ce que les journaux relatent assez souvent. C’est ainsi que les pancartes avertissant « fermé pour construction » ou « attention, ne pas passer », peuvent échapper aux yeux de nombre de conducteurs, lesquels se retrouvent, qui à circuler à même les rails un train venant à leur rencontre (1), qui à finir ensablé sur une dune (2), qui à avancer, malgré les panneaux d’information, sur une route inondée (3).

 

Il est aussi établi, si nous revenons à notre piétonne utahienne, que lorsque nous nous engageons dans une voie ou que prenons une décision, fussent-elles considérées comme une erreur par la suite, nous aurions tendance à persister dans notre choix et à ne pas rebrousser chemin (« Petit Traité de manipulation à l’intention des honnêtes gens« , Joule et Beauvois, Ed. PUG, 2004 [amazon.fr]).

 

Alors, qui, du conducteur de la voiture, de Google Maps ou du piéton est responsable en cas d’accident ?

 

Sandrine Rouja

Responsable veille de Juriscom.net

 


(1)     Associated Press, October 1, 2008.

(2)     Reuters, October 10, 2006.

(3)     The Times (London) Online, April 20, 2006.