L’e-papauté, où quand le spirituel rejoint le temporel

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Publié le 26 avril 2005
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L’institution la plus ancienne du monde occidental n’échappe pas à l’attraction des nouvelles technologies de l’information, qui combine pôles positif et négatif en matière de messagerie électronique ou d’Internet. Dès son élection le 19 avril dernier, le Vatican a doté le nouveau souverain pontife d’une adresse électronique, déclinée en 6 langues, l’allemand, l’anglais, l’espagnol, le français…

L’institution la plus ancienne du monde occidental n’échappe pas à l’attraction des nouvelles technologies de l’information, qui combine pôles positif et négatif en matière de messagerie électronique ou d’Internet.

 

Dès son élection le 19 avril dernier, le Vatican a doté le nouveau souverain pontife d’une adresse électronique, déclinée en 6 langues, l’allemand, l’anglais, l’espagnol, le français (benoitxvi@vatican.va), l’italien et le portugais. Le pape Benoît XVI marche en cela sur les pas de feu Jean-Paul II, qui avait fait de ce nouveau media un instrument de sa fonction évangéliste. Ce dernier signait, le 24 janvier dernier, un message à l’intention des responsables des communications sociales, dans lequel il conjuguait l’effort missionnaire avec les nouvelles technologies. Tout en les décrivant comme faisant partie des « merveilles », « inter-mirifica », de la communication, il y lançait notamment cette exhortation : « n’ayez pas peur des nouvelles technologies » (Jean-Paul II, « Lettre apostolique, le progrès rapide« , Vatican.va, 24 janvier 2005). Aussi, le Vatican a-t-il adressé, conformément à ce vœu, un SMS sur les téléphones cellulaires des journalistes pour leur annoncer la disparition du pape polonais, avant de la confirmer par courrier électronique.

 

Les nouvelles technologies, utilisées comme un moyen de s’affranchir des limites spatio-temporelles, ont certains revers que nous connaissons tous. Habemus papam, certes, sed habemus spam aussi. Certains en effet n’auraient pas hésité à profiter de l’attention mondiale pour attirer les internautes sur un site distribuant des conseils pour gagner de l’argent (« Les spammeurs tirent profit des funérailles du Pape« , Atelier.fr, 13 avril 2005).

 

Sur Internet, le nom du nouveau pape, avant son élection, a fait l’objet de spéculations. Les noms anglais JohnPaul III et John XXIV avaient déjà été réservés en tant que noms de domaine, lorsqu’un américain a loué, notamment, BenedictXVI. Une technique qui a inspiré les néologismes français et anglais « popesquatting » et « paparatzisme » (voir Cédric Manara, « Quel nom français donner au « popesquatting »?« , Domaine.blogspot.com, 20 avril 2005).

 

Reste à connaître la finalité de telles opérations. Comme pour la pratique du cyberquatting, il semble que le popesquatting ait pour but la revente du nom de domaine. Pope.benedictXVI a été mis sur enchère sur Ebay. Il existe même dans sa version française, Papebenoitxvi.org. Quant au nom de domaine Johnpauliii.com, réservé dès 1999 (Rich Miller, « ‘Popesquatting’ Seen on Potential Papal Domains« , Netcraft.com, 18 avril 2005), il est à vendre à ce jour pour 2.950 $.

 

Dans son message pour la Journée des communications sociales de 2002, Jean-Paul II soulignait qu’« Internet est certainement un nouveau « forum », entendu dans son antique sens romain d´espace public […], où se déroulait la plupart de la vie sociale et où était exposé ce qu´il y a de meilleur et de pire dans la nature humaine. ». Et plus loin d’ajouter, « les autorités publiques ont certainement une responsabilité pour garantir que cet instrument merveilleux serve le bien commun et ne devienne pas une source de danger ».

 

Somme toute, si l’on recherche les noms de domaine empruntant le nom d’autres personnes publiques, comme celui de notre président de la république, il se trouve que jacqueschirac.org, chirac.fr, chirac.net ou chirac.org (acronyme pour ce dernier de « Concept Hypertexte Internet Rassemblant les Acteurs contre le Chômage ») sont aussi occupés sur Internet. Bien que ces sites ne soient pas officiels, ils ne semblent pas déranger le titulaire de ce nom présidentiel. Ce qui fait toute la différence entre les règles qui régissent le dépôt des marques, qui ne peuvent pas reproduire un nom patronymique célèbre, et la réservation des noms de domaine, qui suit la règle du « premier arrivé, premier servi » (on pourra se reporter à l’article de Thibault Verbiest et Gilone dUdekem, « Célébrités et noms de domaine : synthèse de la jurisprudence de l’OMPI« , Droit-technologie.org, 5 novembre 2003 ; pour des exemples d’enregistrements abusifs, v. à propos de l’utilisation du nom d’Amélie Mauresmo en tant que nom de domaine, Agathe Lepage, « Le nom patronymique à l’épreuve des pratiques d’internet », D. 2000, somm. commentés, p. 275 ; Philippe Riondel, « Un squatteur chez Isabelle Adjani« , Branchez-vous.com, 10 octobre 2000 ; La Belgique s’est pour sa part dotée, le 26 juin 2003, d’une législation contre le cybersquatting, v. Eugénie Chaumont, « L’enregistrement abusif de noms de domaine sanctionné en Belgique« , Domaines.info, 7 novembre 2003).

 

Sandrine Rouja

Rédactrice en chef de Juriscom.net