Saisie flash des serveurs d’Indymedia en Angleterre, mais que fait le FBI ?

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Publié le 21 octobre 2004
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Retour sur image sur un scénario dont le casting implique différents acteurs de la scène internationale. Une intrigue qui laisse encore bien des questions sans réponses. 7 octobre : le gouvernement américain fait saisir le matériel informatique d’Indymedia, un réseau alternatif spécialisé dans le journalisme indépendant. Le fournisseur d’accès américain implanté à Londres, Rackspace, s’exécute en évitant…

Retour sur image sur un scénario dont le casting implique différents acteurs de la scène internationale. Une intrigue qui laisse encore bien des questions sans réponses.

 

7 octobre : le gouvernement américain fait saisir le matériel informatique d’Indymedia, un réseau alternatif spécialisé dans le journalisme indépendant. Le fournisseur d’accès américain implanté à Londres, Rackspace, s’exécute en évitant d’avertir au préalable Indymedia. Il remet les disques durs d’Indymedia aux autorités fédérales, tout en désactivant le serveur du réseau. De ce fait, une vingtaine de sites altermondialistes Indymedia de différents pays, dont la France, se trouvent fermés.

 

8 octobre : Rackspace publie un communiqué selon lequel il aurait agi sur un ordre émanant d’une cour américaine, dans le cadre d’un traité d’assistance mutuelle en matière d’affaires criminelles, le Mutual Legal Assistance Treaty (MLAT). Il ajoute que la Cour américaine lui aurait interdit tout commentaire de l’affaire.

 

13 octobre : les disques durs sont restitués. Mais Indymedia considère que ces disques sont « hackés », c’est-à-dire non fiables. Il doit procéder à un examen minutieux du matériel restitué avant de le remettre en service.

 

On apprend par ailleurs que la demande de saisie aurait eu lieu, non pas pour le compte du FBI, mais pour celui des autorités gouvernementales suisse et italienne (« FBI Returns Servers Seized in Raid on British Company« , news.bbc.co.uk, 14 octobre 2004).

 

Les raisons de ce raid n’ont toujours pas été officiellement expliquées et les spéculations vont bon train. De nombreuses associations se sont élevées contre ce qui est perçu comme une opération policière illégale visant à museler l’information indépendante. D’aucuns font remarquer qu’elle intervient dans le contexte du Forum social qui s’est déroulé il y a quelques jours à Londres et avant des élections américaines. Il faut reconnaître que l’action du gouvernement américain contre la presse s’est semble-t-il renforcée ces dernières semaines. La demande émanant des autorités suisses pourrait être liée à une affaire impliquant l’Indépendant Media Center de Nantes. En septembre dernier, le FBI a ordonné à l’IMC de Nantes de supprimer la publication d’une photo dans laquelle on apercevait le visage de deux policiers suisses de la cellule anti-G8 (ces policiers auraient procédé à plusieurs arrestations dans le cadre des contestations contre le Sommet international qui s’est déroulé en Suisse, en 2003). On pouvait lire à ce propos sur indymedia.be l’étonnement suscité du fait que « le FBI, une agence américaine, demande à un FAI [situé en Angleterre], qu’un site internet français retire une contribution a propos de la police suisse ».

 

Si cette affaire est réellement en partie liée avec la fermeture du serveur au Royaume-Uni, on peut s’interroger, avec la Ligue ODEBI, sur le point de savoir pourquoi les autorités françaises ne sont pas directement intervenues pour suspendre les seules contributions litigieuses plutôt que de permettre au FBI la mise hors service de tout le site. Et « cela vaut de même pour les forums de discussion où l’on ne peut accepter la fermeture totale d’un forum pour une seule contribution problématique » poursuit la Ligue [odebi.org]. Car c’est toute la question des dommages collatéraux, provoqués par les actions judiciaires conduisant à couper l’accès au service, qui se pose avec cette affaire.

 

Une enquête a été demandée par la Fédération internationale des journalistes sur l’action du FBI au Royaume-Uni. La prochaine séquence pourrait bien être une riposte d’Indymedia devant les tribunaux.

 

Sandrine Rouja

Rédactrice en chef de Juriscom.net